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Juriji der klee

Actus

Esthétique Jurijienne, en dix questions

Comme tout droit sortie d’un film de David Lynch, quand Juriji Der Klee chante, le temps s’arrête. Je vous propose de découvrir cette femme au travers d’une interview : bien plus qu’auteure compositrice, une véritable artiste qui nous livre les secrets de son esthétique mêlant les genres et transcendant les codes.

 

Pourrais-tu commencer par te présenter ?

 

Je suis née à Madrid en 1990, puis à mes 5 ans, j’ai déménagé à Bruxelles. J’ai toujours plus ou moins vécu entre ces deux villes, ce qui m’a donné à la fois la culture hispanique, familiale et chaude, et la culture belge.
A 18 ans j’ai commencé la scène et les cours de chant lyrique.

 

A l’origine je n’étais pas tellement attirée par ce répertoire mais lors de mes premiers cours de chant, ma prof m’a vraiment incitée à explorer ce style. Étant contre-ténor, elle pensait que j’avais vraiment ma place dans ce milieu. Alors je m’y suis intéressée, et j’étais fascinée à la fois musicalement et esthétiquement parlant. Elle m’a conseillé de visionner le film Farinelli, car les contre-ténors sont souvent comparés aux voix de castrats. Pour moi, c’est assez drôle car je considère que les castrats étaient les premières DRAG de l’époque, elles étaient remplies de plumes, de maquillage, de perruques, et de corsages.

 

Le maquillage et la mode t’ont toujours intéressée ?

 

J’ai commencé à sortir en boîte très tôt, ça m’a permis d’explorer plein de choses sur moi-même. Et c’est comme ça que j’ai fait mes premiers pas en tant que club kid, malgré moi, puisqu’à l’époque, je n’avais pas encore ces références. Avec mon groupe d’amis, on sortait tous les week-ends et notre préoccupation de la semaine était le look de la prochaine soirée. Quand je sortais j’étais souvent peu habillée, en lingerie ou bas résilles et je faisais un bodypaint complet de toutes les parties apparentes de mon corps. Je changeais de couleur chaque semaine. Inconsciemment, c’était une façon de découvrir plusieurs facettes de moi, que je n’osais pas explorer.

 

Raconte nous ce que sont les soirées Benediction et comment les as-tu créées ?

 

Une fois, je discutais avec un ami et j’angoissais beaucoup, sur la suite de ma carrière. J’avais des doutes sur le fait que les portes du métier me soient, un jour, ouvertes. Il m’a, à juste titre, fait remarquer que j’ai toujours su ouvrir mes propres portes. Je n’ai jamais attendu qu’on m’accepte quelque part.

 

C’est dans cet état d’esprit, qu’il y a trois ans, j’ai créé les soirées Benediction qui visibilisent la communauté queer. C’est une soirée avec des performances au sens large, dans un contexte clubbing. Actuellement ça se déroule au C12 à Bruxelles qui est un club électro très techno, dark, hétéronormé. Une fois par mois, s’y déroulent donc ces fameuses soirées strass et paillettes, hyper fem, parce que c’est inconsciemment très féminin, sous différents aspects du genre évidemment.

 

Le but est vraiment de faire découvrir le monde queer à un public plutôt hétéro. Parce que je pense qu’il est important de ne pas créer des concepts trop “getthoïsants”. Créer un spectacle queer pour un public queer, il n’y a aucun challenge. C’est important que les gens se rencontrent, partagent des choses pour mieux tous s’accepter.

 

Dans le cadre de Benediction, à part le booking des artistes, de la mise en scène et de mes performances, je m’occupe également de la direction artistique sur les shooting. J’ai aussi un peu un rôle de guide, j’ai accueilli beaucoup de performer donc mon travail avec eux a aussi été de les aider à trouver leur voie. On peut dire que j’avais un peu un rapport de « Mother » si on peut dire. Même s’il ne faut pas se réapproprier les choses, je ne suis pas issue de la famille voguing, et je ne suis pas à proprement parler une vraie « Mother », car à l’époque elles donnaient un toit à des personnes LGBTQIA+ qui étaient à la rue dans les années 1980, à l’époque de Paris is Burning.

 

 

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En plus de tes projets persos, tu joues chez Madame Arthur, raconte nous ton expérience.

 

Ça fait un an et quelques semaines que j’ai intégré la troupe Madame Arthur. Ça représente beaucoup pour moi, car j’y allais parfois en tant que spectatrice et j’étais toujours éblouie. Elles étaient toutes aussi fortes les unes que les autres, mais d’une façon si différente.

Performer chez Madame Arthur est assez complexe, on doit être belle, drôle, bien chanter, il n’est pas si facile d’avoir toutes ces cordes à son arc.

Quand j’ai intégré la troupe, j’ai pu voir l’envers du décor, il y a très peu de préparation, on a que le mardi pour répéter, et avant le Covid, on jouait dès le mercredi jusqu’au samedi et la semaine d’après le show changeait déjà. C’est assez inconfortable, mais c’est une super école parce que tu évolues très vite.

Je me sens hyper chanceuse de faire partie de la troupe d’autant plus que Madame Arthur était le refuge des premières femmes trans dans les années 1950. Les filles qui entamaient leur transition et qui travaillaient chez Michou se faisaient virer, mais elles avaient juste à traverser la rue et elles arrivaient chez Madame Arthur. Ce lieu a vraiment une place importante dans la communauté LGBTQIA+ et surtout transgenre. C’est un lieu qui a fait changer les choses. Et j’ai toujours ressenti en ce lieu une belle énergie.

 

 

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Tu endosses souvent un rôle de directrice artistique, c’est une fonction qui te plaît ?

 

Oui ! Mon travail de DA pour Benediction s’applique surtout aux shootings photo, mais aussi à mon regard artistique sur mon personnage, mes make-up, mes looks.

J’ai fait ma première DA sur le spectacle de Madame Arthur aguiche Prince. C’était hyper émouvant et à la fois compliqué de mettre en scène mes consoeurs parce que je considère que dans la vie, que ça soit en amitié ou en amour, les rapports doivent être d’égal à égal, je n’aime pas vraiment quand il y a un déséquilibre. Donc je leur ai proposé des choses, mais elles décidaient aussi. Ça s’est hyper bien passé, elles m’ont toutes fait confiance et ont suivi mes conseils. C’était très enrichissant.

 

Quelles sont tes inspirations pour tes looks ?

 

Que ca soit sur scène, ou hors scène, j’aime bien avoir un rapport assez androgyne. Par exemple, j’ai un look inspiré de Pierrot que j’avais sur Starmania et c’est un look à la fois très féminin et masculin en même temps. Je n’ai jamais cherché à modifier mon corps avec du padding ou des prothèses mammaires. Je suis rarement très habillée sur scène et c’est vraiment pour célébrer les corps, montrer qu’ils sont tous beaux, et ambigus à leur manière. J’aime également utiliser les codes fetish, mais ça n’est pas quelque chose de très conscientisé. Quand j’imagine un look, c’est toujours pour souligner le propos que j’ai envie de faire passer aux travers des morceaux que je chante, ca fait partie intégrante de ma performance.

 

 

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Comment as-tu appris à te maquiller ?

 

Je me souviens qu’au début, c’était pas folichon. Et puis au-delà du trait, il faut aussi que ça tienne et que sur scène ça rende justice à ta création. C’est ce qui est le plus important, un maquillage qui est pour la scène n’est pas le même que celui pour le jour, ou pour un shooting photo, ou un tournage vidéo. Quand tu es devant une caméra, il faut alléger les matières, car tout se voit, a contrario, quand tu es sur scène, il faut vraiment y aller à la truelle.

Mais pour apprendre, je ne me suis jamais maquillée devant un tuto. C’est toujours passé par la transmission. C’est ce qui se fait le plus souvent dans le milieu DRAG, même si la nouvelle génération se crée beaucoup à travers internet.

 

Est ce que tu te raccroches au terme DRAG ?

 

Je pense qu’il faut faire la distinction entre le DRAG et les Drag Queen. Créer ton personnage, ton alter-ego, c’est du DRAG. Et contrairement à ce qu’on pourrait penser ça n’est pas juste pour les hommes blancs et gay.

Personnellement, j’ai toujours eu le cul entre deux chaises, parce que mon maquillage est un maquillage de scène, avec des codes que j’ai pris du DRAG, mais en même temps, je ne change pas mes traits de visage, je ne cache pas mes sourcils, alors qu’une Drag va vraiment recréer une structure osseuse. Dans une certaine mesure, oui on peut dire que je fais du drag, mais je ne ressens pas le besoin de cataloguer les choses.

 

Qu’est-ce que tu penses des hommes qui se maquillent de plus en plus ?

 

Je trouve que c’est bien de s’approprier les choses, dans le sens où, à l’origine, on peut penser que ça fait partie que de l’apparat féminin, mais en fait le maquillage, comme la plupart des choses, n’a pas de genre.

En janvier, j’ai pu rencontrer Dita Von Teese, avec qui j’ai fait une interview croisée où on abordait le fait que la séduction n’a pas de genre. L’attraction pour quelqu’un, la séduction est au-delà du genre.

Je trouve ça très bien que les garçons se maquillent, je trouve ça très bien que les femmes âgées mettent des mini-jupes. Le corps de la femme est trop souvent sujet au jugement : est ce qu’elle est trop habillée ? ; pas assez…

Et quand tu explores une féminité de genre, même si je ne suis pas une femme cis, je sais très bien aussi ce que c’est d’endosser une féminité, je sais le sentiment de pouvoir que ça peut engendrer, et la force que c’est d’être une femme. Mais aussi malheureusement, le jugement négatif que les gens peuvent porter sur toi. Ça m’est arrivé deux fois que sur scène on me mette la main au cul de façon assez intrusive, je me suis déjà faite suivre dans la rue… Je pense qu’aujourd’hui il faut vraiment éduquer les gens sur ces questions.

 

Qu’est-ce qu’on te souhaites pour la suite ?

 

Je vais paraître très vénale, mais économiquement, c’est pas simple tout le temps. Parce qu’être fabuleuse, ça coûte des sous, et avec la situation actuelle, c’est aussi difficile pour les personnes qui nous embauchent, que pour les artistes. Mais l’investissement que je mets par exemple dans mes looks, dans mes wigs, dans mon maquillage, parfois c’est dur de rattacher les deux bouts. Donc j’espère que mon travail sera de plus en plus visibilisé et que j’aurai plein de sponsoring à gauche à droite et que je pourrai être payée à ma juste valeur. J’espère aussi me développer à fond en tant qu’artiste, sortir mes chansons, des clips, partir en tournée… Mais j’ai l’impression que c’est un discours archaïque car le monde a tellement changé… Mais avec la crise sanitaire, on vit tellement une période particulière que je devrais répondre que je souhaite que la situation se stabilise.

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